#Partage Tita Nzebi 'Mè [je] suis' , personnel et universel... (le mot de Jann Halexander)


#pouvoirdesmots #Gabon Quand j'étais adolescent à Libreville, j'apprenais le piano au conservatoire Maurice Ravel en face de l'université Omar Bongo. Dans le même lieu, au sous-sol, j'apprenais aussi la sculpture avec Maître Konongo, grand sculpteur de la pierre de Mbigou, extraite de la ville de Mbigou, une petite ville au sud de Gabon, dans la province de la Ngounié, une région au climat plus tempéré que le reste du pays. J'ai sculpté un petit livre, symbole de la connaissance, et un lapin (exercice primaire, car il fallait encore plus d'expérience pour faire un éléphant ou une girafe). Ces sculptures m'ont suivi en France, chez ma grand-mère maternelle, d'abord, où j'ai vécu mes premières années d'étudiant, à Angers, puis dans mon petit studio dans le quartier de la Doutre, toujours Angers. Je les mettais bien en vue. Les ami-e-s qui venaient me posaient du coup des questions. Et alors j'étais fier de dire que c'était taillé dans une pierre particulière, propre au Gabon et je faisais un mini exposé sur le pays. N'allez pas croire que j'ai une relation facile avec le pays natal, il n'en est strictement rien. Il y aurait beaucoup de critiques à formuler envers la société gabonaise comme n'importe quelle société. Mais il y a avait des symboles forts, positifs, et ces sculptures taillées dans la pierre locale en faisaient partie.

Ces sculptures sont chez mes parents. Et de mon côté, dans ma petite maison rustique de province, quand les invités rentrent, ils peuvent maintenant voir sur le piano le livre 'Mè [je] suis' de la chanteuse et désormais également écrivaine Tita Nzebi. Et je suis fier de leur parler de cet ouvrage, donc du Gabon, de l'essence positive de ce pays méconnu. Ou trop connu pour les mauvais aspects. Elle raconte à partir de son expérience personnelle, depuis son enfance, la société gabonaise sur laquelle elle pose un regard de sociologue, d'anthropologue, de philosophe. Un regard à la fois critique et tendre, qui ne perd jamais de vue la complexité de ce pays. Dans chaque nation, il existe une proportion de gens, assez considérable, qui voudrait réduire l'immensité du monde à son petit point de vue, à son horizon étriqué. Incapable de penser l'immensité du monde tel qu'il est, la diversité du monde tel qu'il est, cette proportion de gens se construit son monde à partir d'une idéologie choisie. Et pourtant la complexité est belle. Tita Nzebi puise dans son enfance pour raconter l'universel. Car après tout elle rappelle qu'il ne faut pas oublier son enfance, bonne ou mauvaise. Sans démagogie, en rejoignant l'universel, l'écrivaine nous rappelle que nous sommes tous liés par notre humanité. Aussi n'importe qui, indépendamment de ses origines culturelles, sociales, de sa couleur de peau, de son orientation etc peut se reconnaître dans son livre : la femme d'affaire de Moscou, le designer de San Francisco, le pêcheur d'Okinawa, l'aborigène de Camberra, le petit commerçant de Maputo.
J'ai eu l'honneur de lire ce manuscrit avant publication. Je suis fier de savoir le livre chez moi. Je suis heureux d'en parler et encore plus si même une personne, en me lisant, se le procure. La culture est partage.
Jann Halexander

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