samedi 14 mars 2026

Hétérolâtrie (extrait du roman 'Coeur Canari' de Jann Halexander, 2026)

 

                                                                            (c) Pierre Orcel, la Camillienne, 13/03/26, Paris

   '' Mais comme elle est puissante, en tout cas, cette ‘hétérolâtrie’ de par le monde. Car si la situation des LGBT a changé, l'homophobie aussi a changé. Vous entendrez rarement un homophobe dire 'je suis homophobe'. Oui bien sûr, ça existe. Mais il reste comme un sentiment de honte à dire 'je suis homophobe' comme 'je suis raciste'. L'homophobe est devenu un hétérolâtre. Il dira 'Je n'suis pas homophobe mais...(au choix) : nous sommes envahis pas le méchant lobby lgbt qui veut ruiner notre civilisation / je me bats pour la protection de nos enfants / si les gays pouvaient raser les murs, baisser la tête, ce serait mieux / si les pédés et les gouines pouvaient arrêter de défiler dans les rues, c'est une question de discrétion / c'est pas dans notre culture...'

    En fait, la liste est encore longue mais je n'aime pas entretenir mes nausées. On ne voit pas pourquoi des hétérosexuels pourraient imposer leur mode de vie au monde entier sous prétexte qu'ils sont majoritaires et pourquoi deux femmes ne pourraient simplement pas se tenir main dans la main dans la rue, tendrement, sans demander rien à personne. En fait, l'homo sapiens lgbticus ne comprend pas quelle est la légitimité des hétérosexuels de lui dire comment il doit vivre, respirer, aimer. Il n'y a rien à comprendre, il n'y aucune légitimité tout simplement. Juste de la domination, juste de l'emprise. Un désir tout puissant de vouloir encager les âmes. Parce qu'un homosexuel bien dans sa peau, libre, heureux, ça fait peur, ce n'est pas ce qui était prévu. C'est comme les femmes célibataires et affranchies de toute pression de vie de couple ou de maternité. Qui vont là où elles veulent, font ce qu'elles veulent, se couchent quand elles veulent, couchent avec qui elles veulent et ne n'en justifient pas. Et ce qui est imprévu et qui fait peur peut faire réfléchir. Et les mouvements réactionnaires ne veulent pas que leurs ouailles réfléchissent. Money is money. Le pouvoir est le pouvoir. Ah, il faut les voir en France, ces homo sapiens heteroticus extremicus blancs qui se masturbent sur les paroles conservatrices du cardinal Sarah, originaire de Guinée (Sarah, c'est son nom...). Traumatisés par les drag-queens qui passent à la télé, ils applaudissent quand des heterocus panafricanus amateurs d'argent russe leur vendent une Afrique idéalisée avec l'Homme, le vrai, hein, la femme loin derrière, et une ribambelles d'enfants destinés à satisfaire une idéologie plus qu'autre chose, quand ils leur vendent un Occident réputé décadent. Alors on finit par croire que l'africain est naturellement homophobe. Alors que l'homophobe est juste parfois un africain qui aboie très fort....aboyer, crier, comme c'est le cas chez tout être habité par des tentations autoritaires. Le cri est le bras droit de l'emprise. Et si le cri ne suffit pas, alors on frappe, voire on tue. Mais en face, ils sont des millions à s'organiser et à ne plus vouloir se laisser frapper.

    En France, tant que l'homosexuel était un homme citadin marginal, solitaire, sans réelles relations amoureuses, il n'était pas vu comme une véritable menace pour les homophobes. Il y avait cette idée implicite qu'il ne pouvait être un modèle, que c'était un repoussoir. Quand homos et lesbiennes voulurent se marier ou se pacser, avoir des enfants, la maison, le chat, le chien, les vacances au ski, les vacances à la plage, bref une vie normale de classe moyenne dans la société capitaliste, alors des millions d'individus prirent le temps de sortir de chez eux pour défiler contre la fin de la civilisation...il paraît que certains regrettent leur engagement d'alors. L’hétérolâtre est un homophobe qui ne s'assume pas. Cette homophobie, de par le monde, au delà de la violence, au delà du sang : mais quelle perte de temps ! Quelle folie peut saisir des hommes et des femmes pour déterrer un corps au prétexte que c'est celui d'un homosexuel pour le brûler sur la place publique, au Sénégal ? Pourquoi la cohabitation ne serait pas possible ? En tout cas, les lgbt existent bel et bien, ce n'est plus un épiphénomène, ils existent tellement, ils sont tellement visibles que certains pouvoirs politiques tentent par tous les moyens d'effacer la notion même de lgbt de l'espace public.

    Mais on n'efface par les arc-en-ciels...''




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Hétérolâtrie (extrait du roman 'Coeur Canari' de Jann Halexander, 2026)

                                                                               (c) Pierre Orcel, la Camillienne, 13/03/26, Paris    '...