vendredi 13 novembre 2015

Depuis le temps déjà [ébauche de réflexion] par Michel-Xavier Gérard

Depuis le temps déjà [ébauche de réflexion]

Jann Halexander, pour un certain public fidèle et varié, ce sont quelques chansons-clés : A Table, Déclaration d'amour à un Vampire, Il est minuit Docteur Schweitzer, Brasillach 1945, L'Amant de Maman. Son jeu de piano évoque le cabaret avec des envolées lyriques, qui allie l'humour acerbe à la mélancolie, la provocation, ce qui lui a valu les surnoms de « vampire » ou de « Jean Guidoni africain ». Franco-gabonais, né Aurélien Makosso-Akendengué à Libreville en 1982, il est aussi auteur et acteur de films expérimentaux aux sujets atypiques : J'Aimerais J'Aimerais, Occident, La Bête Immonde. Souvent là où on ne l’attend pas, mystérieux voire introuvable du « grand public », il se considère  lui-même comme un franc-tireur à la marge du show-biz. Depuis ses débuts en 2003 il a vendu 40 000 d'exemplaires* de CD, DVD, livres, places de concerts, donné des centaines de concerts en France, Belgique, et séduit également hors du monde francophone comme l’Allemagne par exemple. En marge du « système » mais non « hors-système » : certaines de ses chansons passent en radios, ont été remixés pour les clubs, il squatte en dilettante les plateaux télés où il s'exprime sur ses sentiments amoureux ou son identité métisse. Une exposition à Angers lui a été consacrée en 2006 au feu café l'Imanol. Ses films et disques distribués en France sont soutenus par Ouest France, Têtu, Tribu Move, Chorus, Vendée Matin, Longueur d'Ondes ou Idoles Mag.

Tout cela rend Jann Halexander définitivement insaisissable et dérangeant.

Accordant autant d'importance à la forme qu'au fond, il est intransigeant sur le graphisme de ses albums, sur l'atmosphère de ses clips. Son éclectisme peut perturber car il clame aussi bien son admiration pour Anne Sylvestre que pour Mylène Farmer, confesse avoir des chansons de Jean Vasca, Clémence Savelli ou Jean-Pierre Réginal dans son lecteur mp3. Des artistes aussi différents que Nicolas Duclos, Sylvain Yardin, Vincent Ahn ou Ouman Dee reprennent ses chansons, aussi, si pour ses détracteurs, il est la caricature même de l'illustre inconnu, le public qui le suit ainsi qu'une partie du monde médiatico-culturel  le respecte pour une forme d'indécence, de franchise et d'altruisme. Méconnu mais pas underground, méconnu, oui, mais certainement pas élitiste … même si ... il n'est pas un chanteur pour intellectuels qui se regardent le nombril, alors même si une certaine presse décontenancée évite de parler de lui, des ouvrages variés sur la chanson, le cinéma, la sociologie le citent parmi leurs références depuis des années. Chanteur de l'intime, c'est aussi le chanteur de l'Ailleurs, évoquant le veld sud-africain, Angers, la ville de sa mère – l'écrivaine Anne-Cécile Makosso-Akendengué-, le pays natal, pays du père, le Gabon. C'est l'histoire d'un être au premier abord complexe, mais qui peu à peu, finalement rejoint l'universel. Artiste méconnu, oui, mais pas inconnu … il est fini le temps où un artiste pouvait être connu et adulé de la terre entière, créer le consensus général, si ce temps-là a existé. La folie des Top 50 semble lointaine...

Quand il récite en public Le Mulâtre, il conclut à la fin que ce Mulâtre, c'est lui et quand il parle de lui, il parle des autres, il parle de nous. C'est ce « nous » qui finalement lui permet de se maintenir dans un étrange chemin de vie artistique, un peu brouillon. Il y a l'impudeur des sentiments, des fêlures d’amour, des questions du métissage vécu et non idéalisé, des rapports de filiation… Le public qui l'aime a des avis politiques opposés, des origines sociales variées, des cultures différentes, mais n’est-ce pas là, la reconnaissance et la signature d’un créateur. Il a été l'un des premiers artistes d'origine africaine à aborder franchement la question de l'orientation sexuelle dans ses œuvres …  cependant il n’est pas un personnage communautaire. Pour les spécialistes de marketing, il est une énigme car difficile à classer, et irrécupérable par qui que ce soit. Il existe peut-être bien une France de Jann Halexander dans laquelle des milliers de gens se retrouvent. Une France discrète à l'écart des vacarmes des médias, des tweets vides intempestifs. Plus le temps passe, plus cet artiste longtemps énigmatique « s'humanise » et aborde des sujets qu'il n'aurait sans doute pas pu effleurer il y a quelques années.

Lui c'est nous, nous c'est lui. Il n'est guère étonnant que ce projet de reprises aboutisse. L'image d’un Halexander un peu abstrait devient dès lors plus accessible. 

Michel-Xavier Gérard, Flash News - http://flashnews.canalblog.com/

*Sources : Lalouline Editions, Label TH, Zalys, Films de l'Ange. 
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